Qu’ils s’efforcent de plier les choses à eux-mêmes et non de se plier aux choses. Horace
Ma routine renforce mon aversion au chaos, j’en ai bien conscience.
Un jeune homme doit bouleverser ses règles de vie pour réveiller sa vigueur, et l’empêcher de moisir et de s’affadir. Montaigne
Ma réflexion sur le sommeil m’a aidé à surmonter une peur persistante : celle de devoir choisir entre ma santé et ma vie sociale. Je savais, au fond, que cette crainte était absurde, mais il m’a fallu du temps et des efforts pour m’en défaire. Deux décisions ont marqué ce changement : d’abord, accorder désormais la priorité au social, sans culpabilité ; ensuite, accepter que certaines nuits plus courtes puissent être bénéfiques.
Je suis désormais convaincu qu’un sommeil occasionnellement réduit peut, à long terme, se révéler bénéfique, tant sur le plan social que pour ma santé. Mais je ne peux m’empêcher de considérer son impact sur mon activité sportive. J’ai rapidement réalisé qu’il était vain de chercher à me convaincre de l’absurdité de cette façon de penser : le cœur du problème réside dans la rigidité de mes séances sportives. Le sport doit s’adapter à ma vie, et non l’inverse.
Quoi de plus logique, finalement, que de pratiquer le sport en fonction de mon ressenti ? Ma fatigue n’est plus un obstacle à éviter, mais un paramètre parmi d’autres dans la construction de ma séance. Ainsi, je n’ai plus à me soucier d’être en pleine forme : ma forme du jour suffit, et c’est elle qui définit l’entraînement.
Je les modère seulement plus ou moins selon mes forces. Montaigne
Il y a une différence fondamentale entre la discipline, qui consiste à aller s’entraîner chaque jour sans exception, et la contrainte, qui impose d’organiser toute sa vie autour d’un objectif sportif précis et exigeant. Le sport, comme je l’envisage, doit rester à sa place : il ne doit pas empiéter sur le reste de ma vie.
Il faut adopter les meilleures règles de vie possibles, mais non pas y être asservi. Montaigne
Désormais, je cours et je m’entraîne au ressenti. Plus besoin de me préserver la veille, plus d’inquiétude en anticipation de ma séance : je n’ai aucun objectif précis à atteindre, si ce n’est celui de me rendre à l’entraînement. Si je décide de sortir, de prendre un verre ou de rentrer plus tard, la séance du lendemain ne devrait même pas traverser mon esprit. Quelles que soient les conditions de la veille, j’irai m’entraîner et j’adapterai simplement mon effort.
M’entraîner au ressenti, sans objectif précis, est un énorme pas en avant pour vaincre mon aversion au chaos. Je veux que ma pratique sportive reflète une vie naturelle, où le chaos fait partie du quotidien : chaque journée est différente, et je m’y adapte.
Ma séance doit être suffisamment mesurée pour que je puisse, dans la même journée, travailler dur, courir à fond ou soulever lourd sans jamais avoir l’impression d’avoir perdu en force ou en concentration à cause de l’entraînement. Le sport doit me servir et pas me détruire : je veux maintenir un physique athlétique tout en restant en pleine forme pour le reste de mes activités.
Écrire ces lignes, c’est une décision que je prends : je m’engage, à partir d’aujourd’hui, à respecter cette manière de m’entraîner, en accord avec ma vision de la vie et du sport. Grâce à ces choix, je le sens, mon aversion au chaos recule de plus belle.
Un autre point limite mon accès au chaos : ma façon de manger.
Il ne faut pas accorder autant d'importance à ce que l'on mange qu'aux personnes avec qui l’on mange. Épictète
Là encore, c’est insensé et je le sais. Manger de façon irrégulière, plus ou moins que d’habitude, au gré des circonstances : voilà le comportement humain le plus naturel, le plus ancré dans notre évolution, et donc, a priori, le plus sain.
Dès maintenant, c’est acté : si je refuse une sortie, un dîner, un verre, il me faudra une raison qui tienne debout à mes propres yeux et pas la simple peur de briser une habitude. Car refuser une opportunité imprévue pour suivre ma routine, c’est trahir ce qui, à mes yeux, définit l’essence même de l’humain : embrasser le chaos doit être la règle et le refus l’exception. Cela ne signifie pas pour autant que je dois dire "oui" à tout. L’envie doit être là, mais cette envie ne doit en aucun cas être étouffée par ma routine. Elle doit naître de moi, librement, sans que mes habitudes ne pèsent sur elle.
Je suis convaincu que boire de l’alcool avec modération de temps en temps, tout comme varier mon alimentation d’un jour à l’autre, sont des pratiques bénéfiques pour ma santé. Mais si j’élargis la perspective aux relations humaines, et finalement au bonheur, alors refuser ces écarts sans raison valable devient injustifiable.
Ce qui convient le moins à un “honnête homme”, c’est d’être délicat, d’être soumis à une certaine façon d’être particulière, et elle est particulière si elle n’est pas souple, si elle ne peut être fléchie. Montaigne
Le vrai défi, c’est de différencier mon aversion au chaos d’un simple manque d’envie. Je dois parvenir, et j’y parviendrai, à distinguer l’influence de ma routine de mes désirs authentiques. En me libérant peu à peu des contraintes que m’impose cette routine, comme je m’y emploie à travers toutes ces modifications, il ne restera plus que l’envie pure pour guider mes choix.
Mon sport, mon sommeil et mon alimentation doivent s’adapter à ma vie et non l’inverse. Ils me servent indéniablement mais je ne dois pas les servir.
Il n’est façon de vivre aussi sotte et aussi faible que celle qui repose sur des règles reçues. Montaigne
Pour moi, le plus important dans la vie, c’est de l’expérimenter sous toutes ses coutures. Vivre comme je l’entends, sans contrainte externe et en acceptant de briser, si besoin, mes propres contraintes.
Mon métier et mon art, c'est vivre. Montaigne
Si je laisse ma routine me priver d’une expérience qui m’attire, c’est un échec cuisant : une trahison à cette pensée, à ma façon de penser profonde, une trahison du chaos.
Ma routine doit me servir et non l’inverse.