Ainsi, chacun ne cesse de se fuir lui-même. Lucrèce
On prend rarement le temps de s’interroger sur qui l’on est vraiment.
Cela semble absurde : a-t-on vraiment besoin d’y réfléchir ? N’est-ce pas une évidence, quelque chose d’inné ? Pourtant, se connaître est bien plus difficile qu’il n’y paraît.
Se connaître, réfléchir à nos valeurs, à ce que l’on veut transmettre, à qui l’on est et qui l’on veut être, à nos envies réelles, à nos rêves ou à nos amours, demande bien plus d’efforts qu’on ne le croit. Tout cela nous semble inné, comme un instinct, ancré en nous sans qu’on ait besoin de s’interroger. Pourtant, quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit souvent que nos actes ne reflètent guère ce que notre réflexion nous aurait conseillé : il y a un décalage entre ce que l’instinct nous incite à faire et ce que notre esprit nous souffle à l’oreille, quand on daigne l’écouter.
Pour se connaître vraiment, il faut réfléchir, parfois écrire, et chercher en soi qui l’on est, et non ce que l’on croit être ou ce que l’on voudrait être.
Se poser ces questions puis comparer nos réactions instinctives à ce que la réflexion nous dicterait n’a rien d’agréable. On y découvre souvent un décalage entre nos actes et ce que nous croyons être nos principes. La réflexion sur soi vient rarement d’elle-même : il faut s’y contraindre.
L’attitude et l’habitude communes qui consistent à regarder ailleurs qu’en nous-mêmes nous sont bien profitables. Car nous sommes pour nous-mêmes un objet de grand mécontentement : nous n’y voyons que misère et vanité. Montaigne
Tout nous détourne de ces questions, comme si nous n’avions de cesse de nous fuir, que ce soit avec des distractions, du travail ou d’autres pensées.
Personne ne revendique le droit d’être à soi-même, nous nous dépensons les uns pour les autres. Sénèque
Sans cette introspection, les autres finissent par nous connaître mieux que nous-mêmes. Pourtant, leur perception est superficielle : elle ne repose que sur ce que nous leur montrons. On ne se connait alors qu’à travers eux, par une combinaison de miroirs déformés et incomplets qui ne reflètent que la partie de nous émergée et accessible. Dans ce cas-là, miser sur le paraître plutôt que sur l’être coule de source : c’est le seul moyen d’améliorer le regard que l’on porte sur soi.
Ce que nous sommes réellement nous importe moins que ce que nous livrons à la connaissance des autres. Montaigne
Se contenter du paraître, c’est renoncer à toute amélioration intérieure. Comment s’améliorer si l’on ne se connait pas ? Comment se remettre en question si l’on ne sait pas de quoi il est question ?
Chez lui, à l’intérieur, tout est en désordre et médiocre. Montaigne
Beaucoup cherchent à progresser par mimétisme, sans jamais s’interroger sur leur propre destination. Ils reproduisent les parcours de ceux qui ont réussi alors qu’ils ignorent ce qu’ils cherchent à accomplir. Imiter sans discernement, c’est risquer de se perdre en chemin.
Le bœuf pesant désire la selle et le cheval la charrue. Horace
Penser d’abord à soi passe souvent pour de l’égoïsme. Pourtant, je vois dans la connaissance de soi un prérequis indispensable pour aider autrui. Aligner qui l’on est et ce que l’on fait devrait toujours être la priorité.
Si les gens se plaignent que je parle trop de moi, moi je me plains de ce qu’ils ne pensent même pas à eux. Montaigne
Vouloir aider les autres sans se comprendre soi-même relève de l’absurdité.