Routine du couple

Ce qui fait tenir un couple, ce ne sont pas les grands évènements, les cadeaux coûteux ou même le romantisme.

Toutes ces choses ont leur poids et comptent, bien sûr. Mais elles pèsent peu face à la vie de tous les jours. Un weekend de rêve tous les mois ou un diamant par trimestre ne compensent pas un quotidien mal vécu.

L'amour ne s'achète pas, il ne se loue pas non plus au mois : il s'entretient, et pas n'importe comment. Une énorme bûche tous les six mois peut faire tenir la flamme un moment. Mais c'est en la ravivant chaque jour qu'on la fait durer toujours, en surveillant son état, en agissant dès qu'elle faiblit, ou mieux, en agissant assez pour qu'elle ne faiblisse jamais. Si le feu est éteint depuis un mois, tout le bois du monde n'y changera rien.

L’écoute permet de juger de la qualité de la flamme et les actions quotidiennes de s’assurer qu’elle tient, voire même de la raviver.

Une attention constante, même gratuite, a bien plus d'effet que n'importe quel présent. Un gros cadeau fait plaisir un moment, rien de plus. L'argent ne rend pas notre moitié plus heureuse qu'il ne nous rend heureux nous-mêmes.

Ce que l’on recherche dans une relation de couple saine, ce n’est pas l’argent, mais plutôt l’attention, l’écoute, l’aide, la compréhension : ce cocktail merveilleux qui crée l’amour. Car, selon moi, l’amour entretenu uniquement par l’argent est voué à disparaître.

Reste à savoir ce que sont, concrètement, ces actions du quotidien qui, elles, font durer l'amour. Faudrait-il simplement remplacer un gros cadeau ponctuel par une petite attention chaque jour ?

C'est certainement plus efficace, mais il manque l’essentiel : penser à l'autre chaque jour ne prouve pas qu'on le comprend, ni qu'on tient vraiment à son bonheur.

Le véritable amour, loin d’être romantique, se joue dans la routine du couple : les tâches ménagères, les enfants, les courses, les rénovations. Ce sont ces choses-là qui fondent une relation épanouissante.

On dit souvent qu'en amour, un plus un fait plus que deux. C'est vrai quand la relation repose sur des bases stables. Mais sur une fondation fragile, c'est l'inverse : un plus un risque de faire moins que deux.

Cette fondation, c'est le quotidien, la routine. Chacun ses forces, chacun ses hantises, chacun sa tolérance. Un couple doit en parler, sinon l'amour sera peut-être là, mais la vie quotidienne finira par devenir insoutenable.

Ce n'est pas sexy, mais il faut en parler. Le moins maniaque doit s’adapter au plus maniaque. Mais c’est rarement une concession unilatérale : chacun est souvent maniaque à sa manière, sur des domaines différents.

Sortir la poubelle dès qu'elle gêne l'un des deux, faire le lit sans que l'autre ait à y revenir : ce sont ces détails-là qui, cumulés, font ou défont le quotidien.

Mais moi je suis moins maniaque, je ne vais pas me forcer à ranger alors que le désordre ne me dérange pas." Ce n'est pas parce que l'un tolère et l'autre non que la tâche revient à ce dernier. C'est même l'inverse : sortir la poubelle sans attendre qu'on nous le demande, ou qu'elle nous dérange, est un signe de grande attention aux besoins de l'autre. Seulement, ce n'est pas si simple : quand on ne voit pas le problème, on ne pense pas à le résoudre.

Si le lit nous paraît suffisamment bien fait, la vaisselle suffisamment propre ou la poubelle pas encore remplie, on n'envisage même pas qu'il puisse y avoir un problème. Il faudrait pourtant pouvoir se mettre, en tout temps, à la place de l'autre.

Mais ce n'est pas envisageable : on ne peut pas être deux personnes à la fois, surtout quand cela suppose de penser à contre-courant de ses propres habitudes.

C'est là que la construction d'une routine prend tout son sens. Plutôt que de compter sur notre seule clairvoyance, il vaut mieux en discuter avec l'autre et mettre en place un système : une solution plus tenable, satisfaisant les deux parties, et mentalement moins contraignante.

Plus besoin alors de réfléchir si la poubelle a besoin d'être sortie : on la sort le même jour chaque semaine, peu importe son état, et la personne qui s'en occupe a été définie à l'avance. De la même manière, on fixe une façon de faire le lit, un degré de propreté pour la vaisselle, et ainsi de suite pour le reste.

Chacun n'a pas le même attrait pour les différentes tâches ménagères. En en discutant et en fixant des responsabilités, chacun finit par faire ce qui le dérange le moins ou, dans le pire des cas, ce qui dérange se retrouve au moins partagé équitablement.

En créant une routine ménagère, on s'enlève ce poids et on s'assure d'un accord sur les tolérances de chacun. Ce n'est pas, bien sûr, l'unique ingrédient pour maintenir une relation, mais c'est pour moi le fondement.

S'il y a des non-dits, des exaspérations cachées, tout le reste en pâtit. Discussions profondes et sincères, entraide, cadeaux : ces actions ont une valeur amoindrie dès lors que quelque chose gêne.

Se confier à l'autre, quand il nous exaspère parce qu'il a mal fait le lit ou oublié la poubelle, n'a pas la même portée que si la vie de couple convient aux deux parties.

Le fondement d'un couple, lorsqu'il y a vie commune, commence d'abord par une entente sur le quotidien. Vient ensuite toute la magie qui permet de faire de un plus un plus que deux, et de vraiment grandir ensemble.

La routine fournit des braises qui ne s'éteindront pas tant qu’on la respectera : la respecter, c'est aussi montrer que le bonheur de l'autre nous importe. Un couple qui se veut durable bénéficie grandement de règles précises, décidées à deux.