Rester calme

Rester calme sera toujours le meilleur choix.

Ne pas céder à l'énervement, c'est réussir à contrer un de nos comportements dont on sait qu'il n'apporte que du mauvais : rares sont ceux qui ne regrettent pas de s'être mis en colère. Les émotions négatives n'engendrent que d'autres émotions négatives : la colère provoque la colère ou la peine.

Les émotions sont contagieuses.

Et cette colère ne passe pas seulement par une engueulade ou des cris, elle transparaît aussi dans l'attitude. Un regard, une façon d'être, de parler, peuvent être presque aussi parlants que des mots criés.

Pour autant, la colère n'est pas à écarter systématiquement : ce qu'il faut, c'est éviter de s'emporter, éviter de "céder" à elle. Des gestes brusques, des paroles crues et fortes sont le signe d'une colère qui s'empare de nous, qu'on ne canalise pas.

À l'inverse, le regard ou le dédain sont, selon moi, bien plus puissants : pas un regard de méchanceté ou de représailles, mais plutôt un regard de jugement, de trahison, voire d'incompréhension. Il en dit long, sans appeler d'autres émotions négatives : il appelle plutôt une remise en question. Ce regard montre que la colère est là, mais qu'on la contient en nous. Il traduit le mécontentement, tout autant que l'effort de retenue.

Car oui, éviter de se mettre en colère est en général une bonne chose. Mais cette émotion a tout de même sa place en nous. Sans montrer que quelque chose ne nous convient pas, comment se faire respecter ou faire comprendre à quelqu'un, enfant ou adulte, que son comportement est inapproprié ?

À l'instar des émotions négatives, les émotions positives se propagent et se multiplient. Prendre ce qui nous contrarie avec calme, c'est appeler l'autre à faire de même : on le sait tous, on ne résout pas un conflit en s'engueulant, mais en parlant.

S'énerver contre un enfant, c'est lui apprendre à faire de même : on s'énerve pour qu'il cesse de s'énerver, avec un "Mais tu vas arrêter de gueuler à la fin !!!" l'effet est finalement à l'opposé de ce qu'on recherchait.

Dès lors qu'on en prend conscience, on se rend compte de la bêtise de notre énervement. Il est difficile de ne pas s'énerver : c'est une lutte contre nous-mêmes. Mais réaliser qu'un combat doit être mené pour canaliser cette colère est déjà un premier pas dans la bonne direction.

Crier sur quelqu'un, lorsqu'on sait que cela n'apporte rien, est un pur caprice. En criant sur un enfant qui crie, on ne vaut pas mieux que lui : pire, on lui est même inférieur, car lui a l'excuse de ne pas encore avoir appris l'intelligence émotionnelle, et n'a peut-être pas encore l'expérience nécessaire pour comprendre l'inutilité de sa crise.

Les enfants apprennent par mimétisme, et répondre à la colère par la colère est exactement l'inverse : ce n'est plus lui qui nous imite, mais nous qui l'imitons. On lui montre alors que son comportement est approprié. Pourquoi changerait-il, dans ce cas ?

Répondre à la colère par le calme, c'est présenter à l'enfant une alternative : ne pas s'énerver, c'est l'éduquer à ne pas s'énerver. L'enfant, contrairement à certaines croyances populaires, n’est pas un petit diable manipulateur, mais cherche simplement à apprendre par essai-erreur. Lui montrer son erreur passe par lui présenter une alternative, et certainement pas par se comporter comme lui.

Mais ce n'est pas que dans l'enfance et l'éducation que les explosions de colère nous coûtent.

Alors oui, c'est spontané, et cela peut sembler presque incontrôlable. Mais je suis convaincu que revenir, avec recul et un peu de regret, sur nos énervements passés peut nous pousser à changer et à moins céder à nos émotions à l'avenir.

Mon père est très sensible et je me rends compte que la moindre once d'énervement de ma part provoque une spirale sans fin, qui nous fait du mal à tous les deux.

Je m'énerve pour des bêtises, parfois avec une raison "légitime", et cela engendre inévitablement de la peine chez mon père, qui se répercute, par contagion, sur moi-même et mes proches.

Une simple explosion de colère, non réfléchie, peut détruire plusieurs jours de bonheur.

Il y a quelques semaines, j'avais presque pris la décision de ne plus partir en vacances en famille : je m'étais convaincu que contrôler ma colère pendant plusieurs jours d'affilée était tout bonnement impossible, et que cette spirale de peine était irrémédiable.

Aujourd'hui, je pense toujours que c'est d'une difficulté extrême, mais je sais que je peux y arriver : je ressasse en boucle mes erreurs passées, en espérant m'en souvenir la prochaine fois que je sens la colère monter. J'espère alors réussir à m'arrêter à temps, à indiquer par un regard expressif ce qui ne va pas, voire à expliquer calmement ce qui m'a contrarié, s'il y a effectivement une raison "légitime" à ma colère.

Maîtriser sa colère et ne pas lui céder est une compétence des plus utiles : la colère ne sera jamais la solution, elle ne fera souvent qu'empirer la situation initiale. Je dois me promettre de ne plus m'énerver, et m'y tenir. Je n'y arriverai pas du jour au lendemain mais je dois intégrer une chose : lorsque je me mets en colère, le problème vient de moi.

La colère devrait toujours provoquer la honte chez le colérique.