Le naturel, la confiance, l’aisance, tout cela est conditionné par le poids que le regard des autres a pour nous. Mais ce poids dépend uniquement de ce qu’on lui accorde.
Chacun est unique : s’inquiéter et accorder une trop grande importance à la manière dont les autres nous considèrent, c’est renier notre unicité. Le regard des autres est bien sûr un indicateur, un miroir de nous-mêmes nous pointant des axes d’amélioration ou des problèmes freinant notre acceptation dans la société. Car on ne veut pas se leurrer : l’humain est un animal social et l’acceptation par ses pairs est primordiale. Si le regard des autres nous révèle des défauts concrets et perfectibles, en tenir compte a du sens si cela facilite notre vie en société. Le vrai problème surgit quand ce regard nous pousse à renoncer à notre naturel pour jouer un rôle.
Personne ne distribue son argent aux autres, mais chacun de nous leur consacre son temps et sa vie. Montaigne
La confiance est un atout dans les relations, c’est une évidence : elle nous rend plus attirants, plus à l’aise, plus spontanés et plus audacieux. Mais chercher à afficher cette confiance sans se convaincre soi-même, c’est souvent en fournir une pâle imitation. Et cette imitation ne dupe personne : on perçoit vite le masque, tant la perte de naturel est flagrante.
Ce qui nous sied le mieux, c’est ce qui nous est le plus naturel. Cicéron
On ne devient pas confiant en cherchant à l’être mais en cessant de jouer un rôle pour enfin être soi-même.
Be yourself, everyone else is already taken. Oscar Wilde
Mais alors comment rester soi-même ? Comment se détacher de la peur du regard des autres ? Comme tous, j’ai des défauts, je ne suis pas le plus beau ni le plus intelligent, mais je suis moi et pour rien au monde je n’échangerai ma place avec qui que ce soit.
Alors quoi ? Vouloir rester moi-même à tout prix, mais ne pas assumer mes prétendus défauts ? Voilà le paradoxe. Sans eux, je ne serais plus moi : ils ont sculpté ce dont je suis fier aujourd’hui. Les accepter, c’est reconnaître qu’ils m’ont aussi rendu unique. En avoir honte serait absurde : ces défauts ont forgé ce dont je suis fier aujourd’hui, ils ont fait de moi ce que je suis. À aucun prix je ne voudrais revivre sans ces défauts, de peur de devenir un autre.
Si j’avais à revivre, je revivrais comme j’ai vécu. Montaigne
Alors je ne dois pas jouer un rôle mais juste être moi-même, dire ce que je pense, ne pas mentir par crainte du jugement, ne pas baisser les yeux et être aussi fier de mes défauts que de mes atouts.
Chercher à établir cette confiance en se détachant du regard des autres, c’est d’abord se poser cette simple question :
Imagine qu’on te propose d’échanger ta vie contre celle d’autrui, absolument tout, pas seulement les avantages. Accepteras-tu ? Si la réponse est non, alors se soucier du regard des autres devient absurde, car en enlevant ne serait-ce qu’un fragment de ce qui te définit, tu n’es plus toi-même. Altérer ne serait-ce qu’un détail de notre être, c’est risquer de tout bouleverser, y compris ce qui nous rend uniques aujourd’hui.
Votre pensée ne peut, ni par sa volonté, ni par son imagination, en modifier un élément sans que l’ordre des choses tout entier n’en soit bouleversé, et le passé et l’avenir. Montaigne
Sans mon ptosis, un défaut qui m’a longtemps travaillé, je perds une grande partie de mon charme, je deviens banal, moins intéressant et surtout je deviens un autre. Le charme se construit dans les défauts et non dans l’uniformisation, dans la particularité et non dans la norme.
La laideur d’une vieillesse avouée est moins laide et moins vieille, à mon avis, que celle qui est repeinte et bien lissée. Montaigne
Ce défaut, mon ptosis, pourrait être 'corrigé' d’un simple geste chirurgical. J’y ai longuement songé. Mais le supprimer, ce serait renoncer à une part de moi, comme si je luttais contre ce que la nature m’a donné.
Être fier de soi ne signifie pas renoncer à grandir. Il s’agit de distinguer ce qui est essence, ce sans quoi je ne suis plus moi, et ce qui est accident, ce que je peux ajuster sans me trahir. Nier qu’être accepté a des avantages, que le regard des autres a un réel impact sur nous, c’est aussi renier ce que nous sommes : l’être humain est un animal social, le désir d’acceptation par les autres fait partie intégrante de notre nature.
Ce que nous sommes réellement nous importe moins que ce que nous livrons à la connaissance des autres. Montaigne
Chercher à s’améliorer sur ce qui dépend de nous, comme l’aisance à l’oral, la politesse, la bonté, la compréhension de l’autre, est à la fois utile et naturel.
Me résigner à un niveau médiocre au nom de l'acceptation de soi alors que je peux et désire profondément le changer est dénué de sens. Ce que je peux améliorer, je le fais ; ce que je ne peux ou ne veux pas changer, je l’accepte et je l’embrasse.
Avoir honte de mon reflet est absurde, cela revient à nier une partie de moi, à séparer mon corps de mon âme. Les deux sont indissociables : embrasser l’un et dénigrer l’autre n’a absolument aucun sens.
S’accepter, c’est embrasser qui l’on est aujourd’hui, sans fermer la porte à ce que l’on peut devenir.