Le minimalisme

Embrasse peu d’affaires si tu veux vivre en joie. Démocrite

Le minimalisme, pour moi, se joue sur trois tableaux : ce que nous possédons, ce que nous faisons, et ceux avec qui nous le partageons.

On définit souvent le minimalisme comme le fait de posséder peu ou de vivre avec peu. Mais le principe que je vais aborder ici relèverait davantage de l’idée d'« être attaché à peu de choses » ou d'« avoir besoin de peu ». Pour moi, un minimaliste peut posséder beaucoup de choses, si rares sont celles auxquelles il est réellement attaché.

La pauvreté peut se changer en richesse grâce à la frugalité. Sénèque

Le minimalisme matériel rend moins sensible à la perte ou à la situation financière. Moins on s’attache aux choses, moins on craint d’en être privé, et plus il devient simple de s’en passer ou de les remplacer. Cela offre également une plus grande liberté physique : déménager ou partir en vacances devient beaucoup plus simple si toutes nos attaches tiennent dans une simple valise.

La fortune d’un homme est déterminée par la relation entre ses dépenses et ce qu’il gagne. Benjamin Franklin

Au-delà des biens, le minimalisme s’applique aussi à nos occupations. Maintenir un train de vie coûteux exige de gagner suffisamment d’argent, ce qui peut nous contraindre à faire un emploi que l’on n’apprécie pas ou qui est contraire à nos principes. Également, une vie chargée ne laisse que peu de temps libre : sans ce temps libre, on peut vite se retrouver enfermé dans une routine.

Ce n’est pas à un homme affairé qu’il appartient de vivre. Sénèque

Plus un train de vie est coûteux ou proche de nos revenus, plus il restreint nos possibilités de changement et notre liberté. Gagner plus que l’on ne dépense et épargner cet argent, c’est accumuler de la liberté pour l’avenir. Avec de l’argent de côté, il est beaucoup plus simple de se libérer d’une situation sans peur. Mais attention : épargner par habitude, sans pouvoir s’arrêter, restreint tout autant notre liberté.

Les richesses m’appartiennent et toi tu leur appartiens. Sénèque

Le minimalisme dans les occupations permet également une plus grande liberté relative au temps et à l’espace. S’attacher à des activités prend inévitablement du temps et peut nous contraindre spatialement. L’idée n’est pas de se débarrasser de toutes ses activités mais plutôt de réduire l’attachement que l’on a à celles-ci. Il s’agit de pouvoir s’en passer sans en souffrir, et de les aimer sans en dépendre.

Sache que nulle condition n’est invariable. Sénèque

Le minimalisme relationnel améliore la qualité de nos liens tout en libérant du temps. Entretenir trop de relations superficielles peut être coûteux en temps et implique des relations moins profondes avec les gens auxquels on tient vraiment. Moins on a de proches, plus on est proche d’eux. Moins on les voit, plus les moments partagés deviennent intenses.

Le fait de se voir constamment ne peut procurer le plaisir que l’on éprouve à se quitter et à se retrouver par intervalles. Montaigne

Mais au-delà de ces choix pratiques, le minimalisme touche à une philosophie plus profonde : notre rapport au destin lui-même.

S’attacher à beaucoup, c’est se leurrer en pensant que notre condition ne changera jamais, que nous sommes bien en sécurité, à l’abri du destin.

Comme si quelqu’un vous en avait assuré l’éternelle possession, vous vous habituez à elles, vous vous liez à elles. Sénèque

Ma conception du minimalisme est proche de l’Amor Fati, l’amour du destin : accepter à bras ouverts ce qui advient, qu’importe si cela nous sert ou non. Chaque chose qui arrive devait arriver, et on l’accepte pleinement.

Cette grande qualité qui est de savoir jouir de leur heureuse condition, et de s’en contenter. Montaigne

L’amour du destin a un lien étroit avec l’attachement. Si une chose nous est enlevée, nous l’acceptons sans grief ni malheur. Le minimalisme nous invite à nous attacher à peu, là où l’Amor Fati nous pousse à ne nous attacher à rien.

Il use de la vie comme d'un prêt, qu'il va rendre sans chagrin. Sénèque

L’attachement à peu renforce la liberté : si nos possessions nous contraignent, s’en détacher est alors facile. Sans aucune attache, la richesse en biens, en relations, en train de vie devient un choix plutôt qu’une prison.

Être capable de se priver et de jouir des biens dont la plupart des hommes ne peuvent être privés sans amoindrissement ni en jouir sans s’y abandonner. Marc Aurèle

L’Amor Fati est un idéal puissant et attrayant, mais notre nature, encline à l’attachement, rend cette sagesse presque inaccessible.

À quoi bon ces sommets de la philosophie sur lesquels aucun être humain ne peut s’installer ? Montaigne

Le minimalisme a l’avantage d’être plus mécanique et de pouvoir être appliqué progressivement. Il implique de changer sa vie, par des actions réelles. Posséder beaucoup sans y être attaché est possible, mais posséder peu est plus sûr : cela révèle nos dépendances réelles.

Ceci s'adresse aux âmes imparfaites, faibles et non encore guéries ; je ne parle pas au sage. Sénèque

Dans la quête de l’amour du destin, le minimalisme est un chemin : il nous apprend à marcher léger, pour mieux danser avec le destin.