Le mariage

Un mariage civil est un contrat tandis qu’un mariage religieux est une promesse.

Divorcer d'un mariage civil n'est pas mauvais en soi : c'est un terme prévu par le contrat, accepté par les deux parties au moment de la signature.

Le divorce est souvent considéré comme une faute alors qu’il n’en est rien. Certes, les causes les plus fréquentes de divorce, comme l'adultère ou les violences physiques ou mentales, sont objectivement condamnables. Mais le divorce qui en découle n’est pas mauvais en soi : il se retrouve injustement associé à la faute l’ayant provoqué.

L'héritage religieux explique aussi pourquoi le divorce est perçu comme fondamentalement mauvais. Le mariage religieux n'a pas la même portée que le mariage civil : c'est une promesse faite à quelque chose qui nous dépasse et à qui l'on doit le respect.

Divorcer d'un mariage religieux est un péché, un acte impardonnable : c'est rompre une promesse que l'on s'était engagé, devant Dieu, à ne jamais rompre.

Le mariage religieux ne stipule pas, en page 12, alinéa 32, que le divorce est autorisé. L’éventualité du divorce n’est même pas considérée : c’est un acte d’hérésie qui implique de ne pas respecter une promesse faite à Dieu et donc de manquer de respect à Dieu lui-même.

Et beaucoup l’ont compris : même pour les non-croyants, le mariage civil est rarement suffisant et beaucoup organisent une cérémonie laïque.

Naïvement, quand j’ai entendu ce terme, j'y ai d'abord vu une simple imitation des fioritures qui entourent un mariage dans l'imaginaire collectif. Je pensais que, pour beaucoup, un mariage sans musique, sans l'image des mariés se disant oui et s'échangeant les alliances, ne serait plus vraiment un mariage. La cérémonie laïque n'aurait alors été qu'un décor emprunté à la religion, pour cocher les cases attendues d'un mariage.

Mais aujourd’hui, je ne la vois plus du tout comme une simple singerie du mariage religieux. Les codes du mariage, la cérémonie en grande pompe, ne doivent pas tout à la religion : ils persistent parce qu'ils marquent durablement les esprits. Cette mise en scène grave la promesse d'âme à âme chez les invités, mais surtout chez les mariés eux-mêmes. Si l'on dépense autant pour une fête somptueuse, c'est pour que ce moment reste gravé en nous, quels que soient les moments difficiles à venir dans la vie de couple.

Mais alors pourquoi se marier ? Simplement parce qu’on s’aime et qu’on veut des enfants ?

On entend parfois que le mariage était, avant l’invention de la contraception, une sorte de garantie pour la femme : une promesse du mari qu’en cas de grossesse, il ne disparaitra du jour au lendemain. Le sexe hors mariage était d'ailleurs considéré comme un péché grave, ce qui s'explique par cette même crainte : que la famille de la femme se retrouve à devoir l'aider à élever ses enfants, sans aucun soutien du père, ni financier ni émotionnel.

L’accès au sexe était alors conditionné par le mariage, par la promesse faite l’un à l’autre devant une foule de témoins et surtout devant Dieu. La dot et les cadeaux échangés lors du mariage constituaient un frein supplémentaire, matériel cette fois-ci, à la tentation du mari de partir.

Cette théorie tient sans doute une part de vérité, mais elle ne suffit pas, selon moi, à expliquer entièrement le mariage.

Si elle est vraie et exclusive, le mariage ne tiendrait plus qu'à la tradition, et serait donc voué à disparaître. Car inévitablement, une tradition devenue superflue finit par s'éteindre avec le temps : seul ce qui garde un intérêt réel survit longtemps.

Se marier, c'est avant tout se permettre et se promettre de grandir, pour la vie, en symbiose avec l'autre.

Quand on cherche à se développer, à grandir seul, on peut se retrouver coincé dans nos idées : on stagne et parfois même on dérive vers des idées extrêmes en suivant notre entêtement. Ce n'est pas un hasard si les pensées extrêmes sont souvent l'apanage des célibataires.

Avoir une personne dans sa vie, c'est ajouter des opportunités presque infinies de grandir, mais c'est aussi se laisser influencer par des idées qui ne viennent pas uniquement de nous. À deux, on ne double pas les personnes que l’on peut devenir, on les démultiplie jusqu’à en créer presque une infinité.

Mettons que l'on considère dix choses que l'on peut faire pour s'améliorer : notre partenaire pourra alors en proposer dix alternatives, et la combinaison de nos idées ouvre cent manières différentes de nous transformer.

Les choix, en réalité, ne se comptent pas en dizaines mais plutôt en milliers : avoir un second avis sur chacun d'eux, c'est presque s'offrir une infinité de possibilités de grandir, c'est devenir qui l'on souhaite parmi une multitude, c'est se permettre d'évoluer en sortant la tête du guidon.

Mais toutes mes histoires ne justifient en rien le mariage… ou bien peut-être que si.

Se marier, c'est jurer que l'on accordera de l'importance aux choix proposés par sa moitié, c'est choisir de se remettre en question plutôt que de fuir en quittant sa partenaire à la moindre divergence d'opinion ou difficulté.

Le mariage pousse à la recherche de compromis et empêche une fuite trop facile. Se marier, c'est choisir de grandir avec quelqu'un pour la vie, sans plus jamais s'autoriser à l'abandonner en chemin.

On parle d’âme sœur, alors même que les frères et sœurs ne s’entendent que rarement à merveille. Comme dans chaque relation, il y a des conflits : trouver son âme sœur, ce n’est pas trouver quelqu’un avec qui on ne sera jamais en conflit, toujours d’accord sur tout. Qui voudrait de ce genre de relation d’ailleurs ? Trouver son âme sœur, c’est trouver quelqu’un avec qui on sera prêt à faire beaucoup pour la relation, avec qui la séparation sera vraiment le dernier recours.

Le mariage transforme un couple en un foyer familial, comme la naissance d’un enfant peut aussi le faire. Une fois que l'on passe d'une relation à une famille, on se promet de ne pas abandonner facilement, de tout mettre en œuvre pour la faire perdurer. On pardonne beaucoup plus facilement à notre famille qu'à n'importe qui d'autre : la famille, c’est pour la vie, les conflits peuvent être fréquents mais la séparation complète reste l’exception.

Ne pas se marier, pour moi, c'est risquer de vivre une relation malsaine, où un accord tacite pousse chacun à taire ses désaccords plutôt qu'à chercher un compromis, de peur que la divergence ne mène à la rupture.

Le mariage pousse à s'investir bien plus qu'une relation qui bat de l'aile et qui ne repose sur aucune promesse : le contrat civil, voire mieux, la promesse d'âme à âme ne se brise qu'en dernier recours.

Se marier, c’est se forcer à rechercher comment grandir en symbiose. L’arbre isolé, planté à dix mètres de son voisin sur le trottoir, me fait beaucoup moins rêver qu’un arbre en pleine forêt, qui est mêlé et entouré d’autres végétaux. La forêt peut grandir de millions de façons possibles : chaque arbre cherche à survivre, prêt à se tordre et à composer avec ses voisins, tandis que l'arbre isolé pousse droit, tranquille, mais sans beauté.