Le changement climatique

Le fardeau de la preuve pèse sur quelqu’un qui perturbe un système complexe, non sur la personne qui protège le statu quo. Nassim Taleb

Le scepticisme, c’est exiger des preuves avant d’agir. Mais c’est aussi exiger des preuves avant de ne pas agir, en particulier quand l’inaction revient à maintenir un système récent dont on ignore les effets à long terme.

On entend souvent : “Il n’y a pas de preuve irréfutable que le changement climatique soit dû à l’activité humaine”, ce qui, même si c’était vrai, ne constitue en rien un argument justifiant l’inaction face à l’émission de CO₂. L’absence de preuve n’est pas équivalente à la preuve de l’absence : ne pas avoir de preuve qu’il y a un changement climatique causé par l’activité humaine n’est en rien une preuve que l’activité humaine n’a aucun impact sur le climat.

Le scepticisme envers les modèles prédisant le changement climatique selon la pollution humaine est une chose. Nier le danger potentiel de la pollution sur la survie de l’humanité en est une autre.

La survie au temps montre la viabilité de quelque chose ou du moins réduit grandement les probabilités que cette chose soit dangereuse. On sait qu’un monde sans pollution humaine est viable pour les humains, puisqu’il en a été ainsi pendant des millions d’années. On a donc la preuve qu’il n’y a pas de problème à ne pas polluer. À l’inverse, lorsqu’on introduit quelque chose de nouveau, on ne dispose d’aucune preuve de sa viabilité et d’aucune information sur les dangers associés.

Lorsque l’on change un vieux système pour le remplacer par un nouveau, c’est à ce dernier de prouver qu’il ne présente aucun danger. Encore une fois, ne pas avoir de preuves de sa dangerosité ne constitue pas une preuve de son absence de danger.

Un problème vient du fait que “ne pas agir” soit un synonyme de “continuer à polluer”, alors qu’à une échelle de temps plus grande, “ne pas agir” serait plutôt “continuer à ne pas polluer”. Le monde d’aujourd’hui est bâti de telle sorte que le comportement par défaut soit le consumérisme et donc la pollution. Nous n’avons pas l’impression de perturber un vieux système, car, à notre échelle, nous n’avons pas changé notre façon de vivre. Nous sommes déjà ancrés dans le nouveau système et rebasculer dans l’ancien perturbera inévitablement nos habitudes.

Le GIEC s’efforce de prouver que l’activité humaine contribue significativement au changement climatique, afin d’inciter gouvernements et individus à réduire la pollution. À mon sens, il y a là une inversion des rôles : ce devrait être aux pollueurs de prouver que leur pollution n’a pas d’impact sur le climat, ce qui, je l’admets, est extrêmement difficile à démontrer (et probablement faux).

Le sceptique cohérent devrait, par précaution, limiter la pollution tant qu’il n’est pas prouvé que l’activité humaine est sans impact sur le climat. Préserver notre planète dans l’état où elle s’est maintenue pendant des millions d’années devrait être une évidence.

Ce qui permet de survivre est rationnel. Surestimer un risque existentiel n’est pas irrationnel. Nassim Taleb

Être climatosceptique n’est pas un problème en soi. Le scepticisme à l’égard de la science est souvent une bonne chose qui permet de faire avancer et parfois même de corriger la recherche scientifique. Mais le comportement par défaut de celui qu’on qualifie de climatosceptique, qui consiste à ne pas se soucier de la pollution, est un non-sens et n’a rien à voir, selon moi, avec du scepticisme.

Les climatosceptiques croient en l’absence de risque, sans preuve. Comme si, face à une boîte noire aux boutons inconnus, le plus raisonnable était d’appuyer dessus en répétant "Personne n’a démontré que ça explose".

Ne rien changer dans sa vie est évidemment la solution de facilité. C’est le cas parce que nous sommes déjà ancrés dans une dépendance énergétique qui fait que, pour arrêter de polluer à outrance, nous avons besoin de faire des sacrifices sur notre vie personnelle.

D’un point de vue plus large, un arrêt de la pollution à l’échelle d’un pays pose des questions économiques, ce qui peut être délicat au niveau international et géopolitique.

Mais l’hypocrisie qui consiste à se cacher derrière une supposée « absence de preuve » doit cesser.

Il faut prendre en compte les risques/bénéfices. Pour quelqu’un de convaincu que le changement climatique est réel, le risque est, pour lui, statistiquement plus important que pour un climatosceptique. Cependant, l’intensité potentielle de ce risque reste la même : l’extinction de notre espèce. Les risques l’emportent de (très très) loin sur les bénéfices. Pour reprendre une formulation inspirée du pari de Pascal : “S’il y a un risque infime d’éradication de toute forme de vie, autant ne pas le faire.”

En tant qu’espèce, il faut éviter l’exposition à ce genre de risques. Même si les probabilités d’extinction sont très faibles, à force de s’y exposer, on finira éventuellement par la provoquer. Si ce n’est pas le changement climatique, ce sera autre chose.

À l’échelle de l’individu, l’inaction climatique est un non-sens complet ou un acte égoïste.