L’âme qui n’a point de but établi, elle se perd. Montaigne
Sans but, on se perd inévitablement. S’éparpiller, c’est agir sans efficacité : même si chacune des actions effectuées pourrait servir un but louable, la dispersion les prive souvent de sens.
À quoi bon faire la provision des couleurs si l’on ne sait pas ce que l’on a à peindre ? Montaigne
Un but agit comme un guide : il donne une cohérence aux actions, qui s’additionnent pour former un tout. Chaque action, prise à part, n’a pas ou peu d’impact : c’est la somme des petites actions qui permet de construire quelque chose de grand.
Il est impossible de ranger les pièces, à qui n’a une forme du total en sa tête. Montaigne
Avoir trop de buts ou en changer trop souvent, c’est comme n’en avoir aucun : on se disperse, on agit en surface, et ce qu’on entreprend reste inachevé ou médiocre.
Ce qu’il a demandé, il le dédaigne ; il redemande ce que naguère il a laissé de côté ; il flotte, et sa vie est une éternelle contradiction. Horace
Se concentrer ne signifie pas renoncer à la diversité. Certains buts peuvent coexister s’ils relèvent de champs distincts et ne s’entravent pas. Un projet créatif, un objectif sportif ou une relation à cultiver, par exemple, n’ont pas à être liés : l’important est qu’aucun ne vienne en freiner un autre, ni gaspiller des ressources qui leur sont nécessaires.
La vie sans objectif n’est qu’une succession de moments de loisirs et d’ennuis sans création.
Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. Sénèque
L’oisiveté, comme la vie au jour le jour, sont incompatibles avec l’accomplissement. S’éparpiller permet de se distraire, de se cultiver à la rigueur, mais pas d’accomplir. Accomplir, c’est d’abord se fixer un but, puis s’y tenir sans relâche.
Combien voit-on de vieillards chargés d’ans, qui n’ont d’autre preuve à fournir de la longueur de leur vie que le nombre de leurs années ! Sénèque
Une vie sans but ne se supporte qu’à travers la promesse de distractions futures. On passe nos journées à servir les objectifs des autres, et c’est l’idée du week-end, des vacances ou de ces soirées, où l’on se réfugie dans des séries ou l’on s’abrutit avec des idioties satisfaisantes, qui nous permet d’oublier l’absence de sens.
Trouver son but peut être ardu : savoir ce à quoi l’on aspire profondément est loin d’être évident. Partir dans la bonne direction est un premier pas pour trouver la destination : si le but que l’on se fixe n’est pas le bon en absolu, mais qu’il nous oriente sur la bonne voie, c’est préférable à ne pas agir ou à agir au hasard.
Choisis ce que tu vois de meilleur et persiste en ce choix. Marc Aurèle
Plus on avance dans la bonne direction, plus notre vrai but se précise et se révèle. Trouver cette direction peut être aussi simple que de cerner ce que l’on ne veut pas et d’agir pour s’en écarter.
Je sais bien ce que je fuis mais pas ce que je cherche. Montaigne
Même une direction approximative, si on s’y tient, est déjà un pas vers le sens.
L’archer doit premièrement savoir où il vise et puis y accommoder la main, l’arc, la corde, la flèche et les mouvements. Montaigne
Trois voies s’offrent à nous : tracer notre propre chemin, servir celui des autres, ou se réfugier dans l’oisiveté. Même si la nécessité nous contraint parfois à la seconde option, rien n’empêche de travailler en silence pour, un jour, s’en affranchir et suivre sa propre voie.