Comment juge-t-on la réussite ? Quels sont les symboles de réussite ? Une voiture, une montre, une belle maison, de l’argent. La réussite, dans l’imaginaire collectif, est définie principalement par la place dans la société : un emploi haut placé ou une grande fortune. Un millionnaire ayant une vie de famille désastreuse aura quand même “réussi”.
Réduire la réussite à une seule dimension, c’est ignorer tout ce qu’elle pourrait englober d’autre.
La plupart des règles et des préceptes de la société sont conçus de façon à nous pousser hors de nous, à nous chasser vers la place publique pour nous mettre au service de tous. Montaigne
Pourtant, réussir, c’est aussi : élever ses enfants, inspirer son entourage, cultiver l’amour, trouver le bonheur, exercer un métier qui nous passionne. Toutes ces choses n’ont pas à pâlir devant une réussite purement sociétale et pourtant c’est ce qu’on a tendance à nous faire croire. Certaines de ces réussites alternatives ne font que reporter le problème : éduquer ses enfants, n’est-ce pas, pour la société, les préparer à une réussite sociale future ?
C’est souvent l’acceptation des autres qui guide nos actions au détriment de qui nous sommes réellement. Mais avoir l’air d’avoir réussi et en être convaincu sont deux choses complètement différentes. La reconnaissance a son importance, mais elle ne vaut rien face à l’authenticité.
Ce que nous sommes réellement nous importe moins que ce que nous livrons à la connaissance du public. Montaigne
On veut nous faire croire que la reconnaissance sociale ne peut s’obtenir que par le statut social et plus on nous fait croire ça, plus ça devient effectivement le cas. Se battre pour la vraie réussite, c’est agir selon ses idéaux et valoriser, par nos choix et nos paroles, d’autres formes d’accomplissement. Nous sommes les seuls juges de notre réussite : par l’effort fourni et la satisfaction ressentie, bien avant tout critère social.
Un millionnaire et un bon père de famille peuvent tous les deux avoir réussi à leur manière : comparer leurs réussites n’aurait aucun sens. La réussite se juge à l’effort et à l’épanouissement dans ce qui compte pour soi, non à des chiffres. Une réussite n’en est une que si elle nous parle vraiment, et non si elle se contente de briller aux yeux des autres. Les acclamations de la foule ne sauraient tromper notre ressenti.
Celui-là est heureux en lui-même. Le bonheur de cet autre est seulement en surface. Sénèque
Si nos critères de réussite coïncident avec ceux des autres, tant mieux. Mais l’apparence de réussite ne doit jamais constituer l’unique motivation, sinon on ne vit plus pour nous mais uniquement pour les autres.
Cette quête d’authenticité, je l’ai vécue en remettant en question ce que la société considérait comme une réussite pour moi.
Rater le train n’est pénible que lorsque l’on court après. Nassim Taleb
Ce que la société considère comme une réussite n’a souvent rien à voir avec la vôtre. La réussite est un sentiment intérieur, non un jugement extérieur.
En apparence, on pourrait croire que j’ai réussi. Socialement, avoir un doctorat et un emploi de bureau bien payé est un critère de réussite. Pourtant, au fond de moi, ces succès-là ne pèsent plus grand-chose. Mon doctorat était peut-être une réussite pour moi autrefois, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. Montaigne
Me libérer d’un emploi bien payé pour vivre selon mes idéaux, voilà ce que je considère comme une réussite. Car ce qui compte désormais, c’est une réussite alignée avec mes valeurs, même si elle semble absurde aux yeux des autres. Poursuivre mes rêves, malgré les sacrifices et les risques, est plus précieux, pour moi, que de conserver un statut social simplement parce qu’il est valorisé par les autres.
J’aime mieux manquer à ma mission que me manquer à moi-même. Montaigne
Chacun devrait définir sa réussite selon ce qui lui importe et non selon ce qui importe aux autres.
Libérée du jugement des autres, la réussite doit aussi se soustraire à leur influence. Un critère de réussite idéal ne dépend que de nous et est atteignable quelles que soient les circonstances extérieures.
Tu peux toujours gagner si tu ne participes qu’à des compétitions où la victoire ne dépend que de toi. Sénèque
Ne pas conditionner sa réussite à l’écriture d’un best-seller, mais à celle du livre le plus authentique et abouti possible. Ne pas lier sa réussite à une promotion, mais au fait d’avoir accompli le meilleur travail possible.
Il est plus difficile de perdre à un jeu dont vous avez vous-mêmes fixé les règles. Nassim Taleb
Qui de mieux que soi-même pour juger de l’effort et de l’accomplissement réalisés ? On ne peut se tromper soi-même : nous sommes les seuls à pouvoir nous juger réellement.
La première punition, c’est qu’aucun coupable ne peut s’absoudre à son propre tribunal. Juvénal
Réussir, c’est accomplir des choses en alignement avec nos valeurs. S’appliquer à faire de son mieux, sans attendre de reconnaissance sociale, permet souvent d’aller plus loin. Car cette quête d’approbation nous coûte une énergie précieuse et peut nous détourner de notre chemin pour plaire.
La liberté consiste à placer notre âme au-dessus des injures, à se faire tel que les raisons de se réjouir viennent de soi tout seul, à détourner de soi les choses extérieures. Sénèque
L’authenticité apporte éventuellement le succès. Viser le succès, en revanche, ne l’apporte que rarement.
D’autant plus que l’ambition ne se dirige jamais mieux, selon moi, que par une voie détournée et peu fréquentée. Montaigne