Les auteurs devraient être surpris d’apprendre qu’il n’y a presque aucune nouvelle qui puisse nuire à la crédibilité d’un écrivain, et que toute publicité est bonne publicité. Nassim Taleb
Pour un écrivain, la mauvaise publicité est de la (très) bonne publicité.
Un écrivain perdu dans un océan de livres que personne ne lit et ne lira jamais peut sortir de l’anonymat s’il parvient, d’une manière ou d’une autre, à toucher une personne influente.
Des manières de toucher, la plus efficace est d’énerver. Réussir à irriter une personne influente au point de lui arracher un reproche public sur “ce qui ne va pas avec les idées de ce type” a le potentiel d’attirer une audience énorme.
À l’inverse d’une louange, qui pourrait simplement être de la sympathie sans fondement ou même une faveur, la critique vient forcément du cœur.
La haine est beaucoup plus difficile à imiter que l’amour. Il y a des amours feints, jamais des haines. Nassim Taleb
Un influent, quel qu’il soit, a forcément des détracteurs. Ces gens-là, qui n’auraient jamais lu nos écrits par hasard, iront probablement voir ce qui a pu énerver à ce point cette personne qu’ils détestent. Plus une personne est clivante, plus ses détracteurs sont nombreux et investis.
Un influent ne s’offusquera pas publiquement d’une provocation grossière et infondée.
Il me semble qu'on me loue chaque fois qu'on me dénigre plus que de raison. Montaigne
Comme on dit : il n’y a que la vérité qui blesse. Un propos contre lequel on se défend a forcément un intérêt ou incite à la réflexion : ce sera rarement une absurdité.
Dire du mal des gens, c’est la seule preuve sincère d’admiration. Nassim Taleb
Les écrits que nos ennemis critiquent sont souvent plus riches d’enseignements que ceux que nos alliés soutiennent. L’inverse d’une idée est multiple et nous ouvre donc un champ bien plus large que celui des idées qui nous ressemblent.
Mais le revers de la vérité a cent mille formes et un champ d’action sans limite. Montaigne
Comme lecteur, on a tout à gagner à s’intéresser à ce que nos ennemis décrient. En tant qu’écrivain, dire ce que l’on a à dire, même si cela signifie affronter une polémique, est la démarche la plus avantageuse. La polémique peut jouer en notre faveur : elle nous renforce, ou à défaut, renforce notre notoriété.
Se censurer par crainte de froisser ou de choquer, c’est condamner nos idées à l’indifférence. Brider nos idées nous rend inintéressants, ne suscite aucune crainte, nous rend invisibles, sans personnalité ni valeur ajoutée et nous prive d’une potentielle publicité.
Exprimer nos opinions, aussi fortes soient-elles, peut s’avérer plus enrichissant que de les garder en tête sans jamais les confronter aux idées contraires. Une idée qui ne mûrit que dans notre tête a toutes les chances d’être faible. À l’inverse, exposer nos idées au monde permet de sélectionner celles qui vont résister aux arguments qu’on leur oppose.
On ne peut pas être certain qu’une idée est bonne tant qu’elle n’a pas été confrontée au monde. C’est la bataille de convictions fortes et opposées qui fait avancer la pensée, pas les réflexions que l’on étouffe ou que l’on édulcore par crainte de représailles.
Garder une ligne neutre en lissant toute aspérité, c’est pédaler dans la semoule sur le plan intellectuel. C’est la meilleure façon d’être inintéressant et de ne rien apporter à la réflexion.
Qu’ils s’efforcent de plier les choses à eux-mêmes, et non de se plier aux choses. Horace
Dans la quête de la notoriété, ce qui fait parler de vous, que ce soit en bien ou en mal, est bénéfique. L’histoire le confirme, même dans ses exemples les plus extrêmes : les noms des terroristes ou des tueurs en série sont connus de tous.
Cela ne veut pas dire qu’il faut forcer la polémique pour exister, mais juste qu’il ne faut pas se censurer pour plaire.